Ces aliments ‘sains’ qui peuvent aggraver les maladies auto-immunes
- Anne-Claire Dumont

- 4 mai
- 8 min de lecture

Les maladies auto-immunes se caractérisent par un emballement du système immunitaire, qui se retourne contre les propres tissus de l'organisme. Dans ce contexte, l'alimentation joue un rôle central : certains aliments peuvent entretenir l'inflammation, fragiliser la barrière intestinale ou stimuler un système immunitaire déjà dérégulé.
Ce qui surprend souvent, c'est que parmi ces aliments à surveiller, on retrouve des produits largement plébiscités pour leurs bienfaits nutritionnels : graines de chia, aloe vera, baies de goji, gelée royale… Des aliments présentés comme sains, voire protecteurs, mais qui peuvent, dans le cadre d'une maladie auto-immune, aggraver les symptômes ou déclencher une poussée inflammatoire.
Dans cet article, nous passons en revue les aliments les plus fréquemment concernés, en détaillant pour chacun les mécanismes biologiques impliqués et les données scientifiques disponibles.
1. Les solanacées et leurs épices dérivées
Tomates, poivrons, aubergines, pommes de terre, piments... cette famille botanique est l'une des premières ciblées dans le cadre du Protocole AIP.
Quels aliments sont concernés ?
Ashwagandha, poivrons, poivre de cayenne, physalis, aubergines, solanum scabrum, baies de goji, chili (piment et épices à base de piment/ chili), narangilles, paprika, pepino, pommes de terre (patates douces ne sont pas de solanacées et sont donc autorisées), tamarillos, tabac, tomatillos et tomates.
Pourquoi les éviter ?
Les solanacées contiennent des alcaloïdes — solanine, chaconine, capsaïcine — ainsi que des lectines. Ces composés sont susceptibles d'augmenter la perméabilité intestinale en perturbant les jonctions serrées de la muqueuse digestive. Lorsque cette barrière est fragilisée, des fragments alimentaires et bactériens peuvent passer dans la circulation sanguine et sur-solliciter le système immunitaire : c'est ce que l'on appelle le syndrome de l'intestin perméable, ou leaky gut.
Ce que dit la science
Des études in vitro et animales ont montré que la solanine et les lectines des solanacées perturbent les jonctions épithéliales intestinales (Fasano, Clinical Reviews in Allergy & Immunology, 2012 ; Punder & Pruimboom, Nutrients, 2013). Le Protocole AIP, dont l'efficacité a été évaluée dans plusieurs études pilotes portant notamment sur la maladie de Crohn et la thyroïdite de Hashimoto, exclut systématiquement ces aliments (Abbott et al., Inflammatory Bowel Diseases, 2019).

Pour plus d’informations à ce sujet, consultez notre article "Comprendre l'AIP : pourquoi évitons-nous les solanacées ? "
2. Les œufs
L'œuf est souvent considéré comme un aliment nutritionnellement complet. Pourtant, il figure parmi les aliments exclus en phase d'élimination du Protocole AIP, pour des raisons biologiques précises.
Pourquoi les éviter ?
Le blanc d'œuf contient plusieurs protéines — dont le lysozyme et l'albumine — capables de traverser une muqueuse intestinale fragilisée et de déclencher une réponse immunitaire inappropriée. L'albumine en particulier est identifiée comme un antigène alimentaire impliqué dans des mécanismes de sensibilisation immunitaire (Vaarala et al., Diabetes, 2008).
Ce que dit la science
L’étude précédemment citée a mis en évidence un lien entre la perméabilité intestinale aux antigènes alimentaires, dont ceux de l'œuf, et le développement du diabète de type 1. Le Protocole AIP exclut les œufs en phase d'élimination, avec une possibilité de réintroduction progressive selon la tolérance individuelle.

3. La gelée royale
La gelée royale bénéficie d'une image très positive : revitalisante, immunostimulante, souvent recommandée en santé naturelle. C'est précisément cette dernière propriété qui pose problème dans le cadre des maladies auto-immunes.
Pourquoi l'éviter ?
En cas de maladie auto-immune, le système immunitaire est déjà dérégulé. Administrer un agent immunostimulant peut amplifier cette réponse inappropriée. La gelée royale contient des protéines spécifiques, la royalactine et les protéines MRJPs, dont les effets immunostimulants ont été mis en évidence in vitro et in vivo, notamment sur l'activation des cellules immunitaires et la modulation de la réponse en anticorps (Fratini et al., Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2016)
Ce que dit la science
L’étude précédemment citée a mis en évidence les effets immunostimulants de la gelée royale, notamment sur la production de cytokines pro-inflammatoires. Des cas d'aggravation de maladies auto-immunes et de réactions allergiques sévères ont également été rapportés dans la littérature (Leung et al., Journal of Allergy and Clinical Immunology, 1997). Elle est formellement déconseillée en cas de lupus, de polyarthrite rhumatoïde ou de sclérose en plaques.

4. Les noix
Riches en oméga-3, en magnésium et en antioxydants, les noix sont régulièrement présentées comme un aliment santé incontournable. Bien que leur profil nutritionnel soit réel, leur impact sur l'intestin mérite d'être pris en compte lorsqu'une maladie auto-immune est présente.
Quels produits sont concernés ?
Amandes, noix du Brésil, noix de cajou, châtaignes, noisette, macadamia, noix de pécan, pignons, pistaches, noix, ou tout arôme, farine, beurre, huile ou autres produits dérivés de ces noix (Noix de coco n’est pas exclue, car ce n’est pas une noix).
Pourquoi les éviter ?
Les noix contiennent des lectines et des phytates susceptibles d'irriter la muqueuse intestinale et de réduire l'absorption de certains minéraux essentiels, comme le zinc, le fer et le calcium (Hurrell & Egli, American Journal of Clinical Nutrition, 2010).
Ce que dit la science
Punder & Pruimboom (Nutrients, 2013) ont montré que les lectines alimentaires, dont celles des noix, peuvent induire une hyperperméabilité intestinale et interagir directement avec les cellules immunitaires de la muqueuse. Il est à noter que le trempage et la torréfaction réduisent partiellement la teneur en ces composés, ce qui peut permettre une réintroduction dans certains cas.

5. Les graines (chia, lin, courge…)
Les graines de chia pour leurs oméga-3, de lin pour leurs lignanes, de courge pour leur zinc… Leur réputation nutritionnelle est bien établie. Pourtant, leur consommation mérite réflexion chez les personnes vivant avec une maladie auto-immune.
Lesquelles sont concernées ?
Chia, chocolat, cacao, café, lin, graines de chanvre, pavot, graines de courge, sésame et graines de tournesol et tout arôme, beurre, huile ou d’autres produits dérivés de ces graines.
Pourquoi les éviter ?
Comme les noix, les graines contiennent des lectines et des phytates qui peuvent fragiliser davantage une muqueuse intestinale déjà altérée. Certaines graines comme celles de lin et de chia, contiennent également des mucilages qui peuvent, chez des personnes sensibles, accentuer l'inflammation intestinale. Les graines de lin renferment par ailleurs des phytoestrogènes (lignanes) dont l'impact sur les maladies auto-immunes hormono-dépendantes justifie une vigilance particulière.
Ce que dit la science
Punder & Pruimboom (Nutrients, 2013) ont montré que les lectines alimentaires, présentes dans les graines comme dans les noix, peuvent induire une hyperperméabilité intestinale et interagir directement avec les cellules immunitaires de la muqueuse, un mécanisme central dans le contexte des maladies auto-immunes.

6. Les baies de goji
Antioxydantes, riches en zéaxanthine, régulièrement citées parmi les superaliments : les baies de goji ont une image très favorable. Deux éléments justifient pourtant leur exclusion dans le cadre d'un protocole auto-immun.
Pourquoi les éviter ?
Les baies de goji appartiennent à la famille des solanacées (Lycium barbarum), ce qui les soumet aux mêmes réserves que les tomates ou les poivrons. Elles contiennent en outre des polysaccharides immunostimulants, les LBP, ou Lycium Barbarum Polysaccharides, dont l'effet activateur sur le système immunitaire est bien documenté.
Ce que dit la science
Gan et al. (Acta Pharmacologica Sinica, 2004) ont montré que les LBP stimulent significativement l'activité des lymphocytes T et la production d'interleukines pro-inflammatoires. Plusieurs cas de lupus induit ou aggravé après une consommation régulière de baies de goji ont par ailleurs été documentés dans la littérature clinique (Chin et al., Journal of Clinical Rheumatology, 2007).

7. L'aloe vera
Utilisé pour ses propriétés digestives et apaisantes, l'aloe vera est souvent recommandé pour soutenir la muqueuse intestinale. Son usage en interne mérite cependant d'être reconsidéré dans le cadre des maladies auto-immunes.
Pourquoi l'éviter ?
Le gel d'aloe vera contient des acemannans : des polysaccharides aux effets immunomodulateurs et immunostimulants documentés. En activant les macrophages et en stimulant la production de cytokines, il peut amplifier une réponse immunitaire déjà dérégulée.
Ce que dit la science
Im et al. (International Immunopharmacology, 2005) ont démontré que l'acemannane active les macrophages et augmente la sécrétion de TNF-α et d'IL-6, deux cytokines pro-inflammatoires impliquées dans de nombreuses pathologies auto-immunes. Son usage en interne est déconseillé dans ce contexte, même si certaines applications topiques restent acceptées.

8. Le psyllium
Fréquemment recommandé pour réguler le transit et soutenir le microbiote, le psyllium est perçu comme un allié de la santé intestinale. Son utilisation dans le cadre d'une maladie auto-immune demande davantage de nuance.
Pourquoi l'éviter ?
Le psyllium est une source de fibres solubles et de mucilages qui, chez les personnes dont l'intestin est inflammé ou hyperperméable, peuvent modifier l'environnement intestinal et aggraver les symptômes. Son effet reste variable selon l'état de la muqueuse et le profil du microbiote de chaque personne.
Ce que dit la science
Si le psyllium montre des bénéfices dans certains contextes digestifs sans composante auto-immune, son usage dans les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) reste débattu. Une étude de Fernandez-Banares et al. (American Journal of Gastroenterology, 1999) suggère une certaine efficacité dans la colite ulcéreuse en rémission, mais les effets peuvent s'inverser en phase active. Dans le cadre du Protocole AIP, il est généralement exclu lors de la phase d'élimination.

L’AIP classique ou AIP modifié : quelle différence ?
Il est également important de préciser que tous les aliments mentionnés dans cet article ne sont pas exclus de la même façon selon le protocole suivi. Dans le cadre du Protocole AIP classique, l'ensemble de ces aliments est exclu lors de la phase d'élimination. Le Protocole AIP modifié, quant à lui, adopte une approche plus souple : certains aliments comme les œufs, les noix ou les graines peuvent y être tolérés, en fonction du niveau d'inflammation et de la tolérance individuelle.
C'est l'une des raisons pour lesquelles un accompagnement personnalisé est essentiel afin de déterminer quelle version du protocole est la plus adaptée à votre situation, et ajuster les exclusions en conséquence.
Nous avons consacré un article complet sur la différence entre le Protocole AIP classique et modifié.
Conclusion
Face aux maladies auto-immunes, l'alimentation est un levier thérapeutique puissant mais qui demande discernement. Comme nous venons de le voir, certains aliments réputés sains peuvent, dans ce contexte particulier, entretenir l'inflammation ou perturber un système immunitaire déjà fragilisé.
Cette liste n'a pas vocation à être appliquée de manière rigide. Chaque personne présente un profil unique : une pathologie spécifique, un état intestinal particulier, un microbiote qui lui est propre. C'est pourquoi l'exclusion de ces aliments s'inscrit idéalement dans le cadre d'un protocole structuré, comme le Protocole AIP et accompagné par un professionnel de santé formé, capable d'adapter les recommandations à votre situation.
L'objectif n'est pas de multiplier les restrictions, mais d'identifier avec précision ce qui, pour vous, entretient l'inflammation; et ce qui, au contraire, soutient votre guérison.
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Références
Fasano A. Leaky gut and autoimmune diseases. Clin Rev Allergy Immunol. 2012 Feb;42(1):71-8. doi: 10.1007/s12016-011-8291-x. PMID: 22109896.
De Punder K, Pruimboom L. The dietary intake of wheat and other cereal grains and their role in inflammation. Nutrients. 2013 Mar 12;5(3):771-87. doi: 10.3390/nu5030771. PMID: 23482055; PMCID: PMC3705319.
Derek W Abbott, Brent D Polk, NODing Off and Ramping Up, Inflammatory Bowel Diseases, Volume 11, Issue 9, 1 September 2005, Pages 860–861, https://doi.org/10.1097/01.MIB.0000171284.39894.18
De Punder K, Pruimboom L. The dietary intake of wheat and other cereal grains and their role in inflammation. Nutrients. 2013 Mar 12;5(3):771-87. doi: 10.3390/nu5030771. PMID: 23482055; PMCID: PMC3705319.
Fratini F, Cilia G, Turchi B, Felicioli A. Beeswax: A minireview of its antimicrobial activity and its application in medicine. Asian Pac J Trop Med. 2016 Sep;9(9):839-843. doi: 10.1016/j.apjtm.2016.07.003. Epub 2016 Jul 26. PMID: 27633295.
Gan L, Hua Zhang S, Liang Yang X, Bi Xu H. Immunomodulation and antitumor activity by a polysaccharide-protein complex from Lycium barbarum. Int Immunopharmacol. 2004 Apr;4(4):563-9. doi: 10.1016/j.intimp.2004.01.023. PMID: 15099534.
Im SA, Oh ST, Song S, Kim MR, Kim DS, Woo SS, Jo TH, Park YI, Lee CK. Identification of optimal molecular size of modified Aloe polysaccharides with maximum immunomodulatory activity. Int Immunopharmacol. 2005 Feb;5(2):271-9. doi: 10.1016/j.intimp.2004.09.031. PMID: 15652758.
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Article rédigé par : Anne-Claire Dumont, Rédactrice BEAI & Naturopathe
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