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Qu'est-ce que la zonuline ? Le marqueur que toute personne auto-immune devrait connaître




Si vous vous intéressez aux maladies auto-immunes, vous avez sans doute déjà entendu parler de l'intestin poreux, ou hyperperméabilité intestinale. Mais connaissez-vous la zonuline ? Cette protéine, découverte en 2000 par le Dr Alessio Fasano à l'Université du Maryland, est aujourd'hui considérée comme l'un des marqueurs biologiques les plus révélateurs du lien entre la santé intestinale et les maladies auto-immunes.


Longtemps ignorée, la zonuline change profondément notre façon de comprendre pourquoi le système immunitaire peut, un jour, se retourner contre les tissus de l'organisme. Dans cet article, nous vous expliquons ce qu'est la zonuline, comment elle agit sur la barrière intestinale, ce que signifie un taux élevé, et quelles pistes concrètes permettent de soutenir l'intégrité de cette barrière essentielle.


Qu’est-ce que la zonuline ?

La zonuline est une protéine produite par les cellules de la paroi intestinale. Son rôle physiologique est de réguler l'ouverture et la fermeture des jonctions serrées — ces structures microscopiques qui relient entre elles les cellules épithéliales de l'intestin, formant une barrière sélective entre le contenu du tube digestif et la circulation sanguine.


En temps normal, ces jonctions serrées agissent comme un filtre intelligent : elles laissent passer les nutriments, l'eau et les électrolytes, tout en bloquant les molécules indésirables — bactéries, toxines, fragments alimentaires non digérés. La zonuline, en modulant l'ouverture de ces jonctions, joue donc un rôle central dans l'équilibre entre absorption et protection.


Ce mécanisme est naturel et nécessaire. Le problème survient lorsque la zonuline est produite en excès, de façon chronique, provoquant une ouverture persistante et anormale de ces jonctions — c'est ce que l'on appelle l'intestin poreux, ou hyperperméabilité intestinale.


Le Dr Fasano a par ailleurs identifié que la zonuline est le précurseur d'une protéine appelée haptoglobine 2, ce qui ouvre la voie à une meilleure compréhension génétique de sa régulation et à son utilisation comme biomarqueur fiable dans plusieurs pathologies (Fasano, F1000Research. 2020)..



Comment la zonuline crée-t-elle un intestin poreux ?

Lorsque certains déclencheurs stimulent une production excessive de zonuline, les jonctions serrées se desserrent, laissant apparaître des espaces anormaux entre les cellules intestinales. Des substances qui n'auraient jamais dû franchir cette barrière — fragments de protéines alimentaires, lipopolysaccharides bactériens (LPS), toxines — passent alors dans la circulation sanguine.


Le système immunitaire, reconnaissant ces molécules comme étrangères, déclenche une réponse inflammatoire. À court terme, cette réaction est protectrice. Mais lorsqu'elle devient chronique, elle entretient une inflammation de bas grade persistante, qui peut évoluer vers des pathologies systémiques.


Parmi les deux déclencheurs les plus puissants identifiés par les recherches du Dr Fasano, on retrouve :


  • La gliadine, une protéine présente dans le gluten, qui stimule la libération de zonuline chez toutes les personnes, qu'elles soient cœliaques ou non. Une étude publiée dans le Scandinavian Journal of Gastroenterology a démontré que cet effet se produisait même en l'absence du gène de la maladie cœliaque — ce qui invite à repenser la place du gluten dans l'alimentation de toute personne souffrant d'une maladie auto-immune.

  • La dysbiose intestinale, c'est-à-dire un déséquilibre de la flore intestinale, notamment une prolifération bactérienne dans l'intestin grêle (SIBO), une prolifération de Candida, ou une infection parasitaire. Une altération de la barrière intestinale peut faciliter le passage de composants bactériens comme les lipopolysaccharides, entretenant une activation immunitaire et une inflammation systémique de bas grade, deux mécanismes fréquemment discutés dans les maladies inflammatoires et auto-immunes.Di Vincenzo et al., 2023).



Zonuline élevée : quelles conséquences pour la santé ?

Un taux de zonuline élevé est le reflet d'une hyperperméabilité intestinale active. Ses conséquences ne se limitent pas à des symptômes digestifs — elles touchent l'ensemble de l'organisme.


Inflammation chronique systémique

Lorsque des molécules étrangères traversent la barrière intestinale et pénètrent dans le sang, l'organisme produit des cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-6, IL-17). Cette inflammation chronique de bas grade est un terrain commun à de nombreuses pathologies modernes : fatigue persistante, douleurs articulaires, brouillard mental, troubles de l'humeur.


Maladies auto-immunes

C'est le lien le plus documenté et le plus préoccupant. Plusieurs mécanismes expliquent ce lien :


La mimétisme moléculaire : certaines protéines alimentaires ou bactériennes qui franchissent la barrière intestinale ressemblent structurellement aux protéines de l'organisme. Le système immunitaire, en cherchant à les neutraliser, peut attaquer par erreur les tissus propres du corps.


Le déséquilibre Th17/Treg : l'exposition chronique aux antigènes intestinaux peut perturber l'équilibre entre les lymphocytes Th17 (pro-inflammatoires) et les lymphocytes T régulateurs (Treg), qui jouent un rôle essentiel dans la tolérance immunitaire. Lorsque les Treg sont insuffisants ou dysfonctionnels, le risque de développer une maladie auto-immune augmente significativement.


La production d'auto-anticorps : une exposition prolongée aux antigènes intestinaux peut induire la production d'anticorps dirigés contre les propres tissus de l'organisme.


Des niveaux élevés de zonuline ont été associés à de nombreuses maladies auto-immunes, notamment : la maladie cœliaque, le diabète de type 1, la sclérose en plaques, la maladie de Crohn, la polyarthrite rhumatoïde, la thyroïdite de Hashimoto. Selon le Dr Fasano, la zonuline est upregulée dans trois grandes catégories de pathologies : les maladies auto-immunes, certains cancers (ovaire, pancréas, gliome), et certaines maladies du système nerveux (schizophrénie, autisme).


"Nous avons observé cela dans la maladie cœliaque, le diabète de type 1 et la sclérose en plaques. En découvrant ce qu'est la zonuline, nous savons maintenant que c'est le précurseur d'une molécule appelée haptoglobine 2 — et en l'utilisant comme biomarqueur, nous voyons trois grandes catégories de conditions dans lesquelles la zonuline est élevée ou mutée." (Dr Alessio Fasano).


Sensibilités et allergies alimentaires

Un intestin perméable laisse passer des protéines alimentaires incomplètement digérées dans la circulation sanguine. Le système immunitaire, qui les reconnaît comme étrangères, développe des réponses via les anticorps IgG ou IgA — créant des sensibilités alimentaires qui s'accumulent au fil du temps et compliquent davantage la gestion au quotidien.


Troubles métaboliques

L'inflammation chronique liée à une zonuline élevée est également associée à des désordres métaboliques : résistance à l'insuline, diabète de type 2, obésité et maladies thyroïdiennes auto-immunes comme Hashimoto, où l'activation immunitaire persistante finit par cibler la glande thyroïde.



Ce qui déclenche la production de zonuline : les principaux facteurs

Comprendre ce qui stimule la production de zonuline est essentiel pour agir à la source. Voici les facteurs les plus documentés :


Le gluten et la gliadine constituent le déclencheur alimentaire le mieux étudié. Rappelons que leur effet sur la perméabilité intestinale touche tout le monde, et pas uniquement les personnes cœliaques.


La dysbiose intestinale — qu'elle prenne la forme d'un SIBO, d'une candidose, d'une dysbiose bactérienne ou d'une infection parasitaire — perturbe la flore intestinale et fragilise les jonctions serrées.


Les aliments ultra-transformés, riches en sucres raffinés, graisses hydrogénées, émulsifiants et édulcorants artificiels (aspartame, sucralose), favorisent la dysbiose et l'inflammation intestinale.


Les produits laitiers peuvent poser problème chez certaines personnes : la caséine mal digérée peut traverser une barrière déjà fragilisée et déclencher une réponse immunitaire.


L'alcool augmente directement la perméabilité intestinale en perturbant les jonctions serrées et en favorisant la dysbiose.


Le stress chronique — via la libération de cortisol — modifie la composition du microbiote, dérègle l'expression des protéines des jonctions serrées et contribue à l'hyperproduction de zonuline. Le cortisol chronique est une cause fréquemment sous-estimée d'intestin poreux.


Les aliments riches en lectines (légumineuses, solanacées, certaines céréales) peuvent, chez les personnes sensibles, fragiliser davantage la barrière intestinale.





Comment soutenir la barrière intestinale et réduire la zonuline ?

Bonne nouvelle : la recherche montre que la barrière intestinale est capable de se réparer, à condition de lever les facteurs qui l'aggravent et d'apporter les nutriments et les soutiens dont elle a besoin.


Adapter son alimentation

L'éviction du gluten est une première étape incontournable pour toute personne présentant une zonuline élevée ou une maladie auto-immune. Elle ne se limite pas aux seules personnes cœliaques : les données disponibles suggèrent qu'un régime sans gluten peut bénéficier à l'ensemble des personnes souffrant d'auto-immunité ou d'hyperperméabilité intestinale — y compris après l'adoption de ce régime, car des taux élevés de zonuline peuvent persister chez certaines personnes.


Une alimentation anti-inflammatoire, riche en aliments entiers non transformés, constitue la base du travail de réparation intestinale. Le Protocole AIP (Autoimmune Protocol) offre un cadre structuré pour identifier les aliments déclencheurs et soutenir la restauration de la barrière intestinale.


Parmi les aliments particulièrement bénéfiques : les aliments fermentés (choucroute, kéfir de coco, kombucha) pour leur richesse en probiotiques, les aliments prébiotiques (ail, poireau, asperges, artichauts) qui nourrissent les bactéries bénéfiques, et les aliments riches en oméga-3 (poissons gras, graines de lin) pour leur action anti-inflammatoire.


L’alimentation joue un rôle central dans la régulation de l’inflammation. Le eBook "Adoptez l’alimentation AIP en 21 jours" vous guide pas à pas pour mettre en place une alimentation anti-inflammatoire adaptée au terrain auto-immun.





Prendre soin du microbiote

La restauration d'une flore intestinale équilibrée est indissociable du travail sur la perméabilité intestinale. Les probiotiques peuvent aider à renforcer la muqueuse intestinale, moduler la réponse immunitaire et réduire les niveaux de zonuline. Ils agissent notamment en stimulant la production de mucus protecteur et en renforçant l'intégrité des jonctions serrées.


Il convient toutefois de noter que le choix des souches probiotiques mérite d'être individualisé, selon le profil de dysbiose de chaque personne.


Gérer le stress

Le stress chronique est l'un des facteurs les plus sous-estimés dans l'entretien de l'intestin poreux. Des pratiques régulières de gestion du stress — qu'il s'agisse de cohérence cardiaque, de méditation, de yoga ou simplement de temps passé dans la nature — ont un impact direct sur le cortisol, le microbiote et, par extension, sur la perméabilité intestinale.



L'importance d'un accompagnement personnalisé

La zonuline peut être mesurée par des tests spécifiques (selles, urine ou sang). Si vous souhaitez explorer ce marqueur dans le cadre de votre suivi, il est conseillé de le faire avec un professionnel de santé formé à l'approche fonctionnelle, capable d'interpréter les résultats dans leur contexte global et d'adapter les recommandations à votre situation.



Conclusion

La zonuline n'est pas qu'un marqueur biologique parmi d'autres : elle est le reflet d'un déséquilibre profond entre l'intestin, le système immunitaire et l'environnement. Comprendre son rôle, c'est comprendre pourquoi tant de maladies auto-immunes partagent un terrain commun : une barrière intestinale fragilisée qui laisse le système immunitaire s'emballer.


La bonne nouvelle, c'est que ce terrain n'est pas une fatalité. L'alimentation, la gestion du stress, le soutien du microbiote et un accompagnement adapté permettent d'agir sur les causes profondes de cette perméabilité et de créer les conditions d'une meilleure régulation immunitaire.


Comme toujours chez BEAI, l'objectif n'est pas de vous alarmer, mais de vous donner les clés pour comprendre et agir.




Sources

Fasano A, Not T, Wang W, Uzzau S, Berti I, Tommasini A, Goldblum SE. Zonulin, a newly discovered modulator of intestinal permeability, and its expression in coeliac disease. Lancet. 2000 Apr 29;355(9214):1518-9. doi: 10.1016/S0140-6736(00)02169-3. PMID: 10801176.


Wang W, Uzzau S, Goldblum SE, Fasano A. Human zonulin, a potential modulator of intestinal tight junctions. J Cell Sci. 2000 Dec;113 Pt 24:4435-40. doi: 10.1242/jcs.113.24.4435. PMID: 11082037.


Tripathi A, Lammers KM, Goldblum S, Shea-Donohue T, Netzel-Arnett S, Buzza MS, Antalis TM, Vogel SN, Zhao A, Yang S, Arrietta MC, Meddings JB, Fasano A. Identification of human zonulin, a physiological modulator of tight junctions, as prehaptoglobin-2. Proc Natl Acad Sci U S A. 2009 Sep 29;106(39):16799-804. doi: 10.1073/pnas.0906773106. Epub 2009 Sep 15. PMID: 19805376; PMCID: PMC2744629.


Di Vincenzo F, Del Gaudio A, Petito V, Lopetuso LR, Scaldaferri F. Gut microbiota, intestinal permeability, and systemic inflammation: a narrative review. Intern Emerg Med. 2024 Mar;19(2):275-293. doi: 10.1007/s11739-023-03374-w. Epub 2023 Jul 28. PMID: 37505311; PMCID: PMC10954893.




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Article rédigé par : Laurane Chemanda, Fondatrice de BEAI



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